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Carlo Molinari : double Champion de France Inters


10/03/2013

Petite interview d'une mémoire vivante des temps héroïques du motocross français

Par L'archiviste
Pilote français
Motocross History : De quand datent vos débuts ?

Carlo Molinari (CM) : J‘ai conduit des camions avant les motos ! Mon père possédait une société de transports et à 16 ans je conduisais déjà les camions. Il était passionné de sports mécaniques. Il avait couru en course de côte. ! Mon père était pragmatique, donc à 16 ans et demi, j’ai essayé une 125 cm3 puis à 17 ans, il m’a acheté une DKW d’occasion.

Vous êtes champion de France en 1952 en 350 cm3 (et pas dans les classements de 1949 à 1951). Était-ce votre 1ère année de compétition ?
CM : En championnat de France oui. Mais dès 1949, j’ai eu des motos compétitives donc nous sommes partis faire quelques courses avec mon père. Il décidait beaucoup, donc il m’a dit on va faire de la compétition. En 1952 je suis Champion sur une BSA Goldstar 350 cm3.

Cela a surpris un petit peu tout le monde, que je gagne malgré mon jeune âge. A Cassel, je me souviens qu’une ou deux personnes avaient porté réclamation. J’allais anormalement vite !! Alors, on a démonté la culasse pour vérifier et ils ont contrôlé le carburant pour voir s’il n’y avait pas d’essence d’avion qui était plus forte en octane.

Avez-vous été professionnel ?
CM : Non. Nous avions des primes selon nos places en course, et parfois en fonction de la recette de la journée.

Avez-vous été pilote officiel ou usine ?
CM : Pas en temps que tel. Sur le plan moral, j’étais pilote usine, mais pas sur le plan financier. J’avais toutes les pièces pour la saison : pistons, amortisseurs, moteur…J’avais quelques contrats personnels également : Motul, Castrol, Huile Regina Extra Italia, les bougies Marchal, puis KLG.

Quel est le plus beau titre : le 1er ou celui en 500 cm3 ?
CM: Le 1er comme toutes les premières choses. Je me souviens d’un journalise de l’Equipe et même de son nom, Fernand Choisel. C’était pour un reportage avant la saison 1952. Nous étions dans un restaurant et il me demande mes ambitions. Il y avait au mur une publicité pour Dubonnet avec une carte de France. Je la lui montre en lui indiquant la France : je voulais être Champion de France. J’étais assez certain de moi, car j’étais assez mature pour certaines choses. Mes amis étaient tous plus vieux que moi, de 7-8 ans.

Ceci étant la catégorie des 500cc était la plus huppée, donc le titre que j’ai obtenu 2 ans après a une certaine valeur. C’était plus costaud la 500, d’ailleurs la sélection se faisait pas la 500. Il y avait Verrechia, Brassine, Frantz, Charrier, Lusseyran, Godey, Amedeo, Blat , Vouillon, Klym, Chuchart, Prieur, Hazianis, Jacquemin…

Du coup vous passez dans la catégorie reine ?
CM : En 1953 je termine vice-champion derrière Gilbert Brassine sur Gilera. Mon père de part ses origines et relations italiennes avait acheté une Saturno modifiée. A la fin de cette année, je pars au service militaire à Toul. Mais le commandant du 6è régiment de train (qui dirigeait une équipe de motocross militaire) ayant appris que j’étais affecté à Toul a aussitôt demandé mon rapatriement à Metz. Je suivais donc un entraînement car j’appartenais à l’équipe de France militaire. J’ai d’ailleurs été champion de France militaire de 1953 à 1955 !

Vous êtes titré en 500 en 1954. Dans quelles circonstances ?
CM : Le titre fût attribué à celui qui avait réalisé la meilleure saison dans chaque catégorie. Il n’y a pas eu d’épreuves de classement ni d’épreuve finale.

Comment s’est déroulé la suite de votre carrière ?
CM : En 1955 je suis Champion de France 500 pour la seconde fois. C’était à Chemiré le Gaudin. Je me rappelle c’était à côté du Mans. Je me souviens encore du panneau 22 km ! Nous étions partis dès le jeudi avec un mécano de l’entreprise de mon père. Ce fut une explosion de joie. Les conditions atmosphériques étaient difficiles (pluie, boue et vent). J’étais parti en tête et j’y suis resté pendant 30 tours. Il était temps que ça s’arrête car Brassine revenait. Au bout de plus d’une heure dix de course, je termine avec 11 s d’avance.

Comment avez-vous vécu la perte de votre titre en 1956 ?
CM : Ce fut une saison à moitié, car je me suis marié et j’ai monté ma propre société (concession de véhicules utilitaires). Comme j’étais à fond dans tout ce que je faisais, ma priorité fut vers mon entreprise. Je ne partais plus dès le vendredi soir vers les circuits. Par exemple, pour une épreuve à Thomer, je ne suis parti que le dimanche matin à 5h30. Puis 1957 fût ma dernière saison. J’ai arrêté en début d’année.

As-tu effectué une saison complète de GP ?
CM : Oui en 1954. J’ai terminé 5è au Luxembourg derrière Mingels, Baeten, Archer et Leloup. J’ai marqué aussi des points (2) au Grand-Prix de France en 1953.

Quel fût votre plus lointain déplacement ?
CM : Lors du championnat d’Europe en Suède. Etant fils de transporteur, on avait la chance d’être assez en avance. On avait une camionnette Citroën aménagée avec une couchette. Je suis allé courir en Algérie aussi.

Pouviez-vous vivre de votre passion ?
CM : Oui. Toute ma vie, j’ai toujours fait avec passion. J’ai réussi à faire tout ce que je voulais.

Quel souvenir gardez-vous de cette époque ?
CM : J’ai de bons souvenirs de ces années-là . Mais j’avais un souci. J’étais assez styliste et je m’efforçais toujours d’avoir ma machine en ligne !

Quels circuits préfériez-vous ?
CM : Chemiré le Gaudin, Lyon-Charbonnières, Vesoul (la partie inférieure dans les bois), Laguépie. Par contre je n’aimais pas les circuits de cirque avec des montées et des descentes.

Quels pilotes avez-vous admiré ?

CM : Je n’ai admiré que des pilotes de vitesse : Duke, Masetti et Libero Liberati.

Qui étaient vos rivaux ?
CM : La moto était un milieu un peu particulier. J’avais des amis heureusement, mais la plupart étaient des rivaux. Nous étions un peu jalousés de part notre organisation. Cependant Leslie Archer et Eric Cheney étaient des amis. Lors de leurs tournées ils habitaient chez moi.

Quel est votre meilleur souvenir en course ?
CM : Les titres bien sur ! Je me souviens d’une course à Rouen-Ste Catherine. Le circuit était remarquable du point de vue spectaculaire.

Par contre je n’ai jamais gagné en Italie, et j’aurais bien voulu de part mes origines. Il y a toujours eu un sac de nœuds : moteur, boite de vitesse. Une année, j’étais en tête à Pinerolo, mais un Italien m’a percuté et….je n’ai pas gagné !

Quand avez-vous roulé pour la dernière fois ?
CM : Après ma carrière il y a eu un vide de 10 ans. Puis j’ai piloté des motos de route. La dernière que j’ai eue était une Fazer 600. Mais je l’ai échangé contre un scooter !

Suivez-vous toujours l’actualité du motocross ?
CM : Un petit peu. Mais en France le motocross n’a pas toujours été bien exposé à la différence de l’Angleterre, l’Italie, l’Allemagne et la Belgique.

Avez-vous pensé organiser un supercross à St Symphorien ?
CM : Oui, nous y avons pensé !! Il y a même encore 10 ans. C’était un souhait du Moselle Moto Club, mais cela aurait représenté trop d’investissements.

Avez-vous des nouvelles de Toni Kurbos (triple buteur au Camp Nou lors du match retour FC Barcelone – FC Metz en 1984) ?
CM : Oui indirectement. Je sais qu’il travaille et habite à Nice.


Dernière question de Motocross History:
Avez-vous été plus heureux d’être Champion de France ou que le club du FC.Metz élimine le grand Barcelone ?

CM : Les deux : j’étais heureux par le sport que je pratiquais et aussi pour le football car� la victoire a eu un retentissement phénoménal !!!

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[ Photo : archives Carlo Molinari ]

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